Où commencent les hautes latitudes ?

mardi 2 décembre 2008
par  CEPP
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Avant de définir avec précision ce que recouvre la philatélie polaire et tous les aspects qu’elle aborde, il convient d’essayer de préciser les limites des régions géographiques qu’elle couvre. Les thèmes de cette collection sont multiples, depuis les personnages qui ont participé à la conquête de ces territoires, les peuples autochtones qui y vivent, en passant par les lieux géographiques, la faune, la flore, la science et bien d’autres sujets, les approches sont très diversifiées. Ainsi, il importe de bien délimiter le champ des investigations et tenter de tracer quelques "frontières", même approximatives pour limiter son approche.

Les limites géographiques

Mais où commencent les hautes latitudes ? L’idée la plus simple consiste à s’appuyer sur un parallèle convenablement choisi pour délimiter le monde polaire en retenant, par exemple, les deux cercles polaires situés au Nord et au Sud à la latitude de 66° 33’. Cette définition semble intéressante car cette latitude est celle sous laquelle le soleil ne se lève pas le jour du solstice d’hiver ou ne se couche pas au solstice d’été. Elle borne la hauteur du soleil sur l’horizon à midi à des valeurs très précises comprises entre 0° et 46° 54’. On ne peut donc pas nier l’intérêt indiscutable de cette limite cosmographique qui s’appuie sur la durée d’illumination et sur l’angle d’incidence des rayons solaires. Il reste que cette limite apparaît rigide et certainement trop étroite. Si elle englobe la quasi totalité du continent antarctique, elle traverse en revanche dans l’hémisphère Nord, de façon quelque peu arbitraire, des régions qui par plusieurs traits de leurs paysages physiques, témoignent d’une réelle unité. C’est le cas du Groenland, en Sibérie centrale et même dans l’hémisphère nord-canadien.
Il est significatif, en tout cas, que dans les dénominations officielles retenues par plusieurs pays du Nord pour délimiter les territoires septentrionaux, des parallèles différents aient été choisis : au Canada le 60° N, en Russie le 62° N et en Scandinavie le 65° N. On peut remarquer le caractère conventionnel d’une telle limite qui demeure administrative.

Les limites d’ordre thermique

Pour délimiter les milieux froids, il peut paraître plus logique d’accorder une place de choix aux critères d’ordre thermique dans les délimitations et de retenir en premier lieu la température moyenne annuelle de l’air. Cependant, le problème reste très différent si l’on considère les océans ou les continents.

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Limites de l’Antarctique

Sur les étendues océaniques, les relevés météorologiques sont très insuffisants en nombre et les tracés des isothermes restent très schématiques et peu précis. Une réalité plus concrète comme l’extension des glaces de mer peut sembler intéressante, mais là encore, la moyenne annuelle n’a qu’une signification limitée, car les différences saisonnières sont considérables surtout dans l’océan austral où l’on retient plus facilement comme limite entre les mondes polaires et subpolaires celle qui sépare les eaux antarctiques froides et peu salées des eaux subantarctiques plus tempérées et plus salées. Cette discontinuité relativement stable et bien marquée est baptisée : "convergence antarctique".

Sur les espaces continentaux, les stations de mesures plus nombreuses offrent une cartographie moins approximative. Aux limites déterminées par les températures moyennes de l’air, il faut également considérer la température moyenne dans le sol à une certaine profondeur où les fluctuations saisonnières ne se font plus sentir, c’est à dire à quelques mètres. Avec une température de l’air de –4° C, la température du sol au même lieu est de 0° C. Le sol gelé en permanence est appelé "pergélisol" ou "permafrost". On distingue différents types de pergélisol :
- Le pergélisol continu et généralisé avec une température annuelle de l’air comprise entre –7 et –8° C.
- Le pergélisol discontinu, limité aux secteurs localement moins froids (entre –4 et –1° C).
- Le pergélisol réduit à quelques taches ou lentilles sporadiques (entre –1 et 0° C)

Les limites basées sur les températures moyennes annuelles restent assez peu précises car elles sont largement influencées par la rigueur des hivers sans pour autant fournir d’indication sur la présence ou l’absence d’été.

La limite des arbres en arctique

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Limites de l’Arctique

Certains spécialistes pensent que c’est plus l’absence d’été que la rigueur des hivers qui fait les climats froids des hautes latitudes. L’arbre pouvant supporter des hivers très rudes demeure par ses limites d’implantation, un bon révélateur des milieux froids. Les chercheurs ont ainsi été conduits à attacher une grande importance aux températures d’été, celles-là même qui conditionnent si largement l’existence de la végétation arborée. C’est finalement l’isotherme 10° C pour la moyenne du mois le moins froid qui donne les meilleurs résultats. C’est cette valeur que Köppen avait déjà retenue au début du siècle pour limiter les climats froids. En outre, elle a le mérite de fournir une frontière qui coïncide, au moins dans les grandes lignes, avec la limite extrême de l’arbre.

Cet isotherme, appelé aussi "ligne de Köpen" reste nettement en deçà du cercle polaire et parfois même du 60ème parallèle dans les milieux climatiques de certaines façades maritimes à l’Est des continents. Ainsi, on la suit jusqu’à près de 54° N de latitude, le long de la baie d’Hudson. Au Labrador, elle se place en moyenne entre les latitudes 56 et 58° N et une bande discontinue de toundra se prolonge même le long de la côte du Labrador. Côté Pacifique, on retrouve un dispositif analogue en bordure de la mer de Béring sur la presqu’île du Kamtchatka, jusque vers le 60ème parallèle et peut-être plus au sud.

Le domaine subarctique

Entre la toundra sans arbres et la grande forêt boréale de conifères, s’intercale sur les continents de l’hémisphère Nord, une mosaïque compliquée de formation végétales que l’on dénomme généralement, faute de mieux : "domaine subarctique". Certaines association de protection de l’environnement considèrent cette limite relativement floue comme la limite du monde polaire. Parmi ces associations, on peut citer :
- AMAP : Arctic Monitoring and Assessment Programme
- CAFF : Conservation of Arctic Flora and Fauna

Conclusion

Nous ferons, avant tout, confiance aux scientifiques et retiendrons pour nos collections, la ligne de Köpen pour l’Arctique, et la convergence antarctique pour le grand sud. Il faut surtout retenir que ces limites qui se matérialisent sur les cartes par un simple trait sont loin de proposer une fonction purement linéaire et qu’il faut les considérer comme une zone floue et imprécise, que les cartographes ont parfois du mal à représenter.

Nous retiendrons également que le terme « polaire » regroupe, pour notre domaine philatélique, plus d’une acception. Par exemple, pour l’Arctique, on différencie, à l’intérieur même de la ligne de Köpen deux types de climats comme le haut et le bas arctique. Des collectionneurs pourront également intégrer, selon leur collection ou thématique comme la faune ou la flore, les régions subarctiques entre la limite adoptée par l’AMAP (cf la carte des limites de l’Arctique qui est jointe à cet article) et celle de Köpen.

Pour l’Antarctique, on pourra différencier le continent antarctique de la péninsule antarctique et des îles maritimes antarctiques qui bénéficient de conditions climatiques plus clémentes comme les Orcades du Sud, les Shetland du Sud, les Sandwich du Sud, l’île Pierre 1er ou les îles Balleny.
Très loin des côtes du continent, on retiendra les îles subantarctiques, à savoir :
- Les îles Falkland
- La Géorgie du Sud
- Bouvet
- Marion
- Prince Edouard
- Crozet
- Kerguelen
- Heard
- Macquarie
- Campbell
- Auckland
- Snares
- Antipodes
- Bounty

On remarquera que les îles St-Paul et Amsterdam qui constituent un district des Terres Australes et Antarctiques Françaises font l’objet d’une exception mais entrent souvent dans le cadre d’une collection de philatélie polaire alors qu’elles relèvent plus des îles subtropicales, tout comme les îles Tristan da Cunha ou Gough.


Auteur de l’article : Gilles Troispoux


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